Moi Adolescent : Le ski

Lorsque ma mère avait pu me payer des classes de neiges, j’avais dans les quinze ans et cette période était une catastrophe hormonal pour moi, mon niveau d’imbécilité avait explosé au delà de la stratosphère, dépassant le soleil, snobant les abords de la voie lactée pour aller se planter directement dans le fondement de Dieu jusqu’à la glotte. Ma crétinerie a outragé Dieu, on a frôlé le Big crunch et cet abysse mental semblait directement corrélé à ma passion pour les protubérances corporelles affriolantes et ondoyantes du sexe opposé, plus ça m’intéressait, plus mon cerveau semblait incapable d’établir la moindre liaison synaptique qui ne me conduise sur la quintessence absolue de l’imbécilité.

Alors, quand vous dévalez une piste à six milles kilomètres heures avec votre tête de vainqueur et que vous cherchez à attirer l’attention des émoustillantes créatures aux couleurs d’oiseaux exotiques qui battent des ailes au bas de la piste : ça fait des boulettes.

Oui, ça crée des expériences culinaires curieuses, comme une sorte de gros sac de couchage bleu marine qui déboule et rebondit sur la piste et qui éclabousse, tantôt un ski, tantôt un bâton, tantôt une paire de lunette ou un bonnet à pompon ridicule et d’où émerge parfois un craquement sinistre ou deux…Bref, ça fait des boulettes farcies au con qui finissent en nem dans un lit d’hôpital.

Le pire, c’est que je savais que ce type de comportement était stupide, mais rien à faire. Dès qu’une oiselle grivoise posait ses yeux torves sur moi, j’étais comme possédé et envouté par une sorte d’incompréhensible sortilège.

 

Moi adolescent : Le tennis

Le tennis.

Je n’ai pas grand-chose à dire sur le tennis, c’est un sport que j’ai fort peu pratiqué, dans ma classe social on ne joue pas au tennis.

Alors, le tennis, il fallait courir, beaucoup courir, et je courais à peu près aussi vite qu’un pingouin cardiaque les poches pleines de harengs, oui, j’avais de grandes jambes, certes, mais aucun moyen de propulsion, pas de cul, aucune viande nul part, je ne suis même pas certain que j’avais du sang, ni sur les cuisses, ni sur les mollets, ni même autours des orteils, rien, des os,  je courais sur des fourchettes.

Je vivais dans un vaste quartier social aux abords de champs dans un clos et ce que j’ai connu du tennis, je le pratiquais avec mon petit voisin et c’était un spectacle qu’il va nous falloir vite oublier.

Bon, j’ai tout de même des excuses, avec ma vie de pauvre, j’avais une raquette de bucheron tout en bois dense trouvée sur les poubelles, avec un tamis étroit et éloigné du poignet ce qui rajoutait au poids déjà conséquent par principe de levier, une “Snauwaert” même ce mot alourdissait la raquette et mon ami lui avait la raquette de la fée clochette tout en aluminium, avec un tamis large et proche du poignet, une “Donnay”, qui sonnait comme un don du ciel plein de légèreté, et pour ajouter à son avantage, ses parents lui payait carrément le luxe de cours de tennis. Je précise tout ça, pour minimiser la profondeur des ténèbres de votre jugement sur moi, du fait qu’il avait trois ans et vingt-cinq têtes en moins que moi. Quel tableau, on avait d’un côté une espèce d’elfe rachitique qui essayait de soulever sa hache à deux mains de troll en vain face à un petit farfadet sautillant dans tous les sens avec son petit fleuret tournicotant et picotant et il me fichait des raclées toutes plus monumentales les unes que les autres, il m’outrageait le séant en sifflotant l’air de belle et sébastien, je pense que pour lui j’étais un punchingball qu’il utilisait pour ne pas perdre la main, c’était vilain de faire ça.

Ce traitement de faveur de la part de ce fourbe petit lutin électrique au service du malin, tassa très rapidement mon enthousiasme tout au fond de mon petit cœur en papier et très vite, j’envisageais de jouer contre un mur dans mon coin en attendant la fin des temps, mais même le mur courait plus vite que moi…

Le tennis a eu l’honneur d’être la plus brève de mes humiliations sportives d’adolescents.

Moi Adolescent : La Natation

Peu importe pour quel maillot j’optais, mon corps était un blasphème, soit, je mettais le petit slip qui se mouille, se moule et révèle le spectacle de toutes les grossièretés situées entre mes jambes et je vous épargne les anecdotes de ma principal grossièreté qui avait la fâcheuse tendance à la proéminence aléatoire et soudaine et me donnait l’air d’une vicieuse petite gargouille en string libidineuse, soit, je mettais le short parachute qui dissimulait tout ça, mais me donnait l’air d’un squelette en tutu. J’optais pour le squelette en tutu et mon Dieu, quand j’y pense, heureusement, que je n’ai jamais rajouté de palme a cette espèce d’absurdité aquatique, quelle comédie du diable j’aurai infligé à tous ces pauvres gens qui ne demandaient rien qu’un peu d’eau et de fraicheur par ces journées déjà si proche des enfers par leurs chaleurs étouffantes, que de regards abimés, perdus, souillés, ces yeux là n’auraient jamais plus put être lavé, mon Dieu.

Dès que j’entrais dans cette vaste arène du chaos agitée d’odeurs âcre de chlore et d’humidité, d’explosion de lumières ondoyantes sur toutes les surfaces réfléchissantes et d’inaudibles cris stridents et de murmures du néant, j’avais un seul objectif en tête : L’eau, vite, au fond, disparaitre.

La brasse.

La brasse imite la grenouille et comme j’avais un corps fort proche de celle-ci, c’était la seule nage que j’arrivais à accomplir à peu près correctement sans trop mourir.

Le crawl.

Le crawl consiste à mouliner les bras alternativement de l’arrière vers l’avant tandis que la tête plonge sous l’eau par intermittence tout en battant des pieds, impossible pour moi de synchroniser tout ça, lorsque je cherchais à prendre de l’air, ma tête était toujours sous l’eau et j’échappais à chaque fois à une demi noyade, pour moi, cette nage n’était qu’une longue et lente agonie, j’avais l’air d’un vieux phoque qui lutte pour sa vie, la queue prise dans une hélice de sous-marin.

Le dos crawlé.

C’est à peu près la même manœuvre que le crawl, mais sur le dos, donc pire et puis j’ai toujours trouvé ceux qui maitrisaient cette nage extrêmement prétentieux et vous pouvez fouiller dans votre tête, vous allez vous apercevoir que généralement, seul les femmes un peu hautaines se permettaient cette petite nage de fantaisie.

L’utilité de nager sur le dos dans la vie ? Ho attention le bateau coule, ha mais heureusement que vous savez nager sur le dos hein,  quel manque de panache ce serait de nager normalement, autant sauver sa vie avec élégance et laissez les gueux nager comme de vils batraciens. N’est-ce pas madame la duchesse ?

Bon, alors, pour ce fameux dos crawlé, non seulement, je m’enfonçais toujours un coup sous l’eau à chaque tour de bras, histoire de gober une bonne gorgée tiède de miasme humain à la javel, mais en plus j’avais une hantise : “Le bord”.

Peu importe où j’étais, j’avais toujours peur que ma tête heurte le bord de la piscine. ça ne m’est jamais arrivé, mais j’ignore pourquoi, j’envisageais cette perspective de collision comme une mort atroce. Au premier tour de bras, j’anticipais déjà le choc, mon regard paniqué passait des tuiles du faux plafond que je comptais paniqué à l’idée de rater une tuile (vingt-quatre tuiles et trois lampes néons avant le bord exactement) à essayer de regarder derrière moi en vain, je n’arrivais pas à tordre ma nuque suffisamment, ce qui vu de l’extérieur me donnait probablement l’air d’un serpent marin en pleine crise d’épilepsie, mais vu de l’intérieur, c’était pire, j’étais dans une machine à laver, ça partait dans tous les sens dans un tourbillon de plans écœurant, passant de tuile de plafond aux néons, plongeant dans l’eau bouillonnante et tournoyante d’horizons flous, c’était coloré, c’était strié de personnages qui marchaient n’importe où, sur les murs et plafond, ça tanguait, ça tanguait et tout ça environné de sons et de cris, de voix d’outre monde qui passaient récursivement d’un brouillard étouffé sous l’eau à des éclats d’ouvertures aiguës dans un espace plein de réverbération qu’on devinait de métal, de béton et de verre.

Bref, le dos crawlé : j’étais pas fan.

La nage papillon.

J’ai tenté l’attraction, une suffisante fois.

La piscine était heureusement presque déserte, j’avais tout planifié, proche de la fermeture, peu de témoin.

j’avais décidé dans un moment d’égarement de tenter la manœuvre. Alors voilà, on va visualiser la scène d’un peu plus loin, traveling arrière, parce qu’il y a des choses, qu’il ne vaut mieux pas voir de trop près.

On voit donc là-bas, l’andouille que j’étais, dans la petite profondeur, avec son bonnet de travers, qui soudain se redresse avec le niveau de l’eau à hauteur de tutu et comme un voleur, jette un coup d’oeil autours de lui et dans un étrange élan, il écarte les bras et saute vers l’avant et horizontalement comme une sorte de crucifix qui se décrocherait d’un mur et basculerait soudainement vers l’avant, ce qui a pour prodigieux résultat de provoquer un colossale son de gifle avec écho s’il vous plait ! L’andouille disparait sous l’eau (un mètre de profondeur…), puis, ses deux bras remontent en désordre à la surface, cherchant à s’accrocher à quelque chose, ensuite, l’andouille se redresse subitement, baisse sa tête toute désorientée et sonore, récupère discrètement son bonnet qui flotte mollement devant lui, rejoint prestement le bord, le cou rigidifié et névrotique, la tête toujours baissée sans jamais regardé autours de lui, jaillit hors de la piscine et glisse comme une ombre dans les vestiaires, pour ne plus jamais, jamais, jamais réapparaitre…

Voilà, pour l’épopée légendaire de ma traversée de l’océan en nage papillon.

Ma carrière en natation était à considérer avec réserve.

Moi Adolescent : Le volley-ball

Le service.

Vous aviez d’un coté, les mâles alphas avec leurs services professionnels, tout en muscle et en souplesse qui jetaient la balle verticalement devant eux, pour d’un bond fauve et céleste, rejoindre la sphère tournoyante au ralentis dans les airs et dans une élégance folle, il frappait sur la balle d’un son net et précis pour l’envoyer dans une trajectoire pleine de confiance là où la mort de l’adversaire régnait déjà.

et puis, vous aviez moi. Moi et mes éternelles services en cuillère.

Oui oui, cuillère, parfaitement, Je suis toujours rester à la cuillère, je n’ai jamais pu accéder à la fourchette.

La cuillère, juste le mot, dites moi où, où dans le mot cuillère, on trouve quelque chose qui évoque un peu de dignité ?

Et je m’excuse pour les cuillères,  je les aimes beaucoup, mais tout de même, allez appeler un noble lion cuillère ?! Ou un prince ? Le prince cuillère ?  j’y suis pour rien moi, si ce mot ridiculise tout ce qu’il approche et si j’ai offusqué une cuillère, qu’elle voit ça avec ses parents, parce que toute évidence, c’était d’obscures sadiques.

Donc, quand moi je tentais un ersatz de “service”, en cuillère donc, avec mes bras puissants de cancrelat et à propos de mes bras, je dois faire un détour par la manchette avant de revenir vous parler de mes légendaires “services”, histoire que vous mesuriez mieux la puissance de l’animale sauvage que j’étais.

La manchette.

la manchette consiste à faire rebondir la balle sur nos deux bras joins tendu à mi corps. Le pourquoi du comment qui justifie cette technique ? je ne l’ai jamais compris ? Pourquoi pas les bras tendus sur les cotés et tourner comme une toupie en gonflant les joues comme un hamster ? Pourquoi pas les mains derrière la tête et utiliser son ventre remplis de fromage ? pourquoi ne pas renvoyer la balle à l’aide d’une brouette ou d’un varan de commodo ? Hein ? Pourquoi pas ? Moi je vois pas ce qui empêche…

Je me souviens de cette magnifique manchette qui s’était soldée par le néant absolu (ce qui d’ailleurs me donna tout de suite quelques pistes de réflexion, quant à une théorie concernant la formation des trous noirs) , la balle s’était contentée de poursuivre sa route à travers moi, comme si mes bras n’existait pas. Le prof, comme d’habitude cherchait à éviter de me regarder en me parlant, histoire de m’épargner de trouver tout son mépris dans son regard (et pour ça je l’en remercie), me lançât, sans tourner la tête vers moi, de son oreille droite  “Nowé, il faut manger plus d’américain…”  Voilà voilà, comme si les feuilletons et films vitrines de la vie américaine que ma mère m’infligeait ne suffisait pas, je n’avais pas assez d’américain en moi, il me fallait de l’américain partout, ils sont fort ces américains.

Bon alors, le “service”, Quand moi je tentais un “service”, la balle avait de toute évidence de petits projets mesquins en total contradiction avec les miens et lorsque je frappais la balle et ce bien entendu, toujours d’un son flasque et comique, elle partait toujours dans une aberration géométrique non euclidienne et finissait généralement sa course en des lieux incongrus, mais toujours et sur ce point, j’étais d’une précision folle, là où la mort de ma propre équipe régnait.

La passe.

Alors d’une manière général, je priais sans cesse que la balle ne porte jamais son regard sur moi, je me faisais le plus discret possible et avait une tendance naturelle à m’échouer sur les bords du terrain comme pousser par un obscur courant marin et souvent, un membre de mon équipe devait me rappeler à ma zone : “mais qu’est-ce que tu fais ?”, “où tu vas ?”.

Mais malgré toutes mes techniques de fuites et mes prières au doux seigneur jésus, il me fallait bien de temps en temps affronter le destin et assumer une passe et une passe était une chose tout à fait stupéfiante, il fallait repousser la balle des deux mains écartées sans attraper la balle, mais en ayant l’air de l’attraper tout de même et c’était beaucoup trop d’informations contradictoires pour mon corps sans vie et lorsque la balle arrivait sur moi, toujours l’air extrêmement menaçante et moi toujours l’air extrêmement inoffensif, je me jetais vers Dieu, les bras tendus plein d’espoir et je priais que la balle rebondisse sur mon corps au bon endroit et reparte d’un angle favorable, et ce, le plus loin possible de moi, de préférence, à jamais.

Le smash

Le smash consiste à sauter suffisamment haut pour que votre main dépasse la hauteur du filet afin d’envoyer la balle dans une trajectoire qui oblique vers la surface du sol de l’équipe adverse.

Malgré ma taille, je parvenais à peine à dépasser la hauteur du filet, les muscles de mes jambes ne m’offraient qu’une amplitude de saut de quelques centimètres. Essayez de visualiser une statue incapable de plier les jambes qui cherche à sauter et vous aurez un aperçu de mon agilité.

Le smash est demeuré pour moi, une chose totalement inatteignable, je n’essayais même pas.

Ma carrière de volley-ball était, elle aussi inenvisageable.

Moi Adolescent : Le basket-ball

Alors, de tous les sports celui où je m’en sortais le mieux, c’était bien le basket-ball, j’étais le meilleur !

Oui bon, j’y jouais toujours seul c’est vrai, du coup c’est un peu plus facile d’être le meilleur.

Oui bon, dire que je m’en sortais, c’est vraiment pour me donner un peu d’espoir, parce que lors d’un match terrible contre moi-même, je suis tout de même parvenu à me casser le petit doigt de la main gauche.

J’ignore si ce genre d’événement est normal et avec le recul, j’essaie de reproduire le souvenir en simplifiant l’expérience histoire de vérifier si les lois de l’absurdité n’ont pas été transgressées encore une fois

Simplifions : C’est exactement comme si on m’avait mis dans une pièce vide avec une sphère rigide dans les mains, que l’on avait fermé la porte un instant et lorsqu’on rouvre la porte, on me retrouve dans un coin en train de pleurnicher le doigt cassé et la sphère dans l’autre coin qui a l’air elle-même, de ne rien comprendre de ce qui vient de se produire.

Oui bon, nous avons raison, fermons définitivement la porte sur cette scène et oublions le Basket-ball.

Moi adolescent : La gymnastique

Soyons sérieux, comment peut-on demander à une sorte de poulpe mélangé à un phasme de faire un simple cumulet sans paraitre grotesque ? Comment vous faites faire une roue élégante à ça ?

La roue était de loin, la figure que j’arborais le plus, c’est vrai que de l’extérieur cette figure semble simplissime, mais il m’a toujours été impossible de parvenir à quelque chose de digne et lors d’un examen, il nous fallait faire un circuit sur les engins et terminer par une roue devant le professeur : Le bouquet final !

Donc lors de mon tours, ou devrais-je dire, mon numéro de cirque, j’ai  lancé mon corps désordonné parmi tous ces engins de torture comme je pouvais, accompagné de toutes sortes de grincement curieux métalliques et boisés, de quelques “Couics” et plusieurs  “Bocs”, pour finir par atterrir, par je ne sais quel miracle en entier dans un sordide couinement de plancher devant le professeur, tout impatient d’exécuter devant ses yeux ébahis : Roulement de tambour, coup de cymbale “: La roue !” ou en ce qui me concerne “La bzkhlllplof !”

Alors que je vous explique, disons que j’avais abandonné tout espoir depuis fort longtemps d’établir une connexion cohérente entre mon corps et ma tête et ma stratégie définitive, était de m’en remettre exclusivement au hasard.

Donc, face à ce genre de situation, ma technique était simple, je fermais les yeux et je jetais mon squelette désarticulé vers l’avant, comme on jette des dès et j’espérais qu’à l’arrivée, il se serait passé quelque chose de chanceux.

Je jetais donc mes dès et à la fin du jet,  les yeux du professeur qui dégoulinait de toute part de ses lunettes me firent comprendre que le résultat obtenu n’était pas du tout celui attendu, les dés devaient probablement défiés les lois de la gravité et s’être arrêtés sur leurs tranches ou s’être transformés en deux perruches qui jouent du banjo, en tout cas quelque chose qui défie les probabilités et les lois de l’univers venait de toute évidence de se produire.

J’ignore ce qui s’est passé, puisque j’avais les yeux fermés, je me souviens d’un grand “BOUM” suivit d’une douleur sourde en un lieu que je préfère éviter de nommer ici et tout ce que je savais, c’est qu’il me fallait vite chercher un petit coin d’ombre ou disparaitre en attendant que l’orage d’hilarité général passe.

Ma carrière de gymnase était compromise.

Moi Adolescent : Le Football

Comment dans un espace-temps limité, dans un univers infini constellé d’étoiles et que l’on observe avec un outil dont on ignore tout, à savoir notre propre esprit. Comment, j’écris bien “Comment”, peut-on mettre en priorité dans son éphémère existence de pousser à l’aide de ses pieds une sphère molle d’un point A à un point B ? Et le plus ahurissant, c’est que certains y passaient même la journée et finissaient même par en faire un métier abondamment rétribué en menue monnaie sonnante et trébuchante, en moult créatures lascives, villas avec piscines et autres vanités de cet acabit et chose encore plus étrange pour moi, ces experts du poussage de sphères molles étaient sans cesse photographiés sur la partie supérieur du corps !  J’aurais peut-être trouvé plus de sens si on avait photographié leurs jambes et leurs pieds, mais là…Qu’est-ce qu’il y avait de si important à photographier ?

Tout cela, m’était d’une insondable incompréhension.

Moi grand footballeur : Mon Coup d’éclat !

Lors d’une partie de football auquel je n’avais pas pu trouver une échappatoire et ou j’avais tout de même trouver le moyen de me poster à la défense ( là où j’évitais le plus possible de me retrouver avec la sphère molle entre mes pattes incompétentes). Un des joueurs de l’équipe adverse eu l’idée saugrenue depuis le centre du terrain de “dégager” la balle vers le cube que j’étais censé protéger . Il fit donc décoller la balle directement vers le ciel et moi, comme toujours, bien connecté à la réalité et a ce qu’on est censé y faire, j’avais la bouche ouverte et je m’extasiais devant la beauté de l’hyperbole que la trajectoire de la balle dessinait dans l’espace, puis, je pris conscience que sa trajectoire finissait sur un problème : Moi…. et je pensais alors : “Ha.”

Oui, je sais, c’est fou, vous vous dites que j’aurais pu penser “Ho”, mais j’avais pensé “Ha.”

Mon cerveau bien entendu, comme d’habitude, dans ce genre de situation trouve utile de déconnecter le néocortex pour passer uniquement en limbique,  comme ça, les probabilités que tout débouche sur une situation ridicule est à peu près certaine.

Mon brillantissime cerveau estima alors qu’entamer une figure de style appelée  “tête” semblait le plus adapté à la situation et il me fit faire une sorte de bond de grenouille raide d’à peu près trois plantureux centimètres de hauteur, la tête penchée vers l’avant et j’atterrissais sur le sol tout intrigué de n’avoir ressenti aucun impact, ce qui était fort logique, puisque la sphère molle était encore située à deux mètres en l’air devant moi.

Oui, deux mètres, mon cerveau était d’une précision éblouissante, si j’étais tireur d’élite, à ma première mission on me retrouverait mort, de MA balle, dans MA tête et tout ce qu’il y aurait à espérer de ce spectacle lamentable, c’est que ça passe pour un suicide.

En attendant, la sphère elle, toute remplie de ses précisions gravitationnelles continuait son funeste projet et rebondit donc sur le sol juste à mes pieds et moi toujours aussi raide et le visage penché vers l’avant, je la vis distinctement venir s’écraser en gros plan sur mon visage dans un retentissant claquement de caoutchouc, je ne me souviens pas par où elle est partie ensuite, mais, avant l’impact, j’ai cru l’espace d’un instant l’avoir vu esquisser un sourire vengeur et je crois savoir pourquoi, je pense que la sphère m’en voulait de l’avoir trouvée molle et elle avait raison, elle était plutôt rigide.

Il me semble qu’après cette mise au point entre la sphère rigide et moi, l’univers entier s’est arrêté un instant et tout s’est mis a regarder dans la direction de ma grosse fraise écarlate, j’avais l’air d’un chat ébouriffé qui vient de prendre un coup de spray remplit d’eau. Puis, tout, absolument tout autour de moi, éclata de rire !

Ma carrière de footballeur était compromise.

Ouvrir sa conscience au monde.

Au parc, j’observais un enfant de l’âge de mon bouchon jouer avec son père à la balle. L’enfant était focalisé sur la balle et son activité principal c’était de suivre du regard cette balle et d’essayer de l’attraper, certes il riait, mais il ne s’agissait pas moins d’une fermeture de conscience sur le monde et non d’une ouverture, à quoi bon venir dans un parc fleuris bouillonnant de mystère, si c’est pour se contenter de jouer à la balle ?

Mon fils lui, je le laisse et je l’observe et très vite, il est sur les mouches, il observe les fourmis, il parle au vent, me montre les nuages, ramassent les bâtons, m’imite un moment, puis il s’assoit là où il le sent et rêve un peu, je viens près de lui, je l’aime de mes yeux pour ajouter un soleil en plus dans son petit ciel tout frais, puis je le stimule parfois en portant mon attention sur une fleur que j’hume, j’ouvre son esprit aux senteurs du monde, je me joue de sa propension à m’imiter, je n’ai rien à lui demander, je vais vers l’eau et m’intéresse aux poissons et voilà que son reflet mignon apparait et vient trembler à coté du miens. j’essaie de lui faire voir tout ce que je vois et je sens, je vis dans milles univers, je suis milles univers, avec moi, son esprit s’ouvre, sa conscience se déploie vers le monde extérieur et plus loin encore, vers le monde intérieur qui est en réalité, le seul véritable monde.