De la créativité.

Enfant, je n’avais pas grand chose

J’avais peu de jouet en main pour orienter mon attention vers une chose en particulier et l’univers autour de moi devenait alors le lieu ou je devais trouver de quoi occuper mon esprit et cet univers était grand et vaste et quand je mesurais l’immensité des choses à découvrir autours de moi, je devenais incroyablement curieux.

Le moindre objet que je trouvais avec un air un peu abandonné, je l’éventrais pour en comprendre les mystères. Tout était une proie potentielle pour moi. Une lampe néon ? j’en cassais une pour trouver une poudre étrange et cette chose sur le coté, le starter qui semblait activer de lumière toute cette poudre ? Je m’électrocutais sur base régulière, je faillis provoquer quelques incendies, je compris dans ma chair ce qu’était un accumulateur en démontant un flash d’appareil photo. J’immergeais une pile bouton dans un verre et j’y plongeais un câble électrique reliée à un transformateur de train électrique avec un variateur, pour venir la toucher et ça créait une colonne de bulle qui remontait à la surface et je compris bien plus tard, que c’était carrément de l’hydrogène et je n’ai jamais compris comment j’avais eu l’idée de faire ça, d’où ça me venait ? Mettre une pile dans l’eau ? je n’avais ni internet, ni livre, rien. comment était ce possible ? j’ai toujours fais des choses qui me dépassaient, sans comprendre pourquoi, mais le résultat était bien là.

J’étais surtout une catastrophe, je parvins un jour à transformer le sèche cheveux de ma mère pour quelques secondes en un magnifique lance flamme pour une spectaculaire seconde et je découvrais par la même occasion l’odeur particulièrement désagréable du poil humain brulé et lorsque ma mère rentra solennellement dans ma chambre, avec son oeil tout pointu, en brandissant la dépouille noircie de ce qui restait du sèche cheveux, je fis semblant de ne pas comprendre et de guerre las et parce qu’elle m’aimait, elle fit semblant de me croire.

Un soir, ma mère trouva la machine à laver massacrée, complètement éventrée dans la cave. Toutes les entrailles et viscères de la machine étaient éparpillés sur le sol, on aurait dit qu’un animal sauvage avait dévoré la pauvre chose et abandonné derrière lui les restes, ce qui était exactement ça, parce que je me souviens avoir observé la machine et pensé à son moteur et je convoitais dans ma chair, comme une petite créature de l’ombre avide de puissance, mon précieux…  : Les aimants !  je trouvais ces choses d’une magie incroyable. ils s’attiraient et se repoussaient par une force invisible ! in-vi-si-ble que je vous écris ! non mais vous vous rendez compte ???

Mon enfance était une conquête de la matière, une véritable hécatombe, tous les moteurs électriques et les baffles (gros pourvoyeurs d’aimants), qui croisaient ma route avaient le cœur arraché et leurs carcasses sans vie étaient abandonnées sans pitié sur le bord du chemin.

Je voulais le coeur et l’âme des choses.

Je rêvais d’avoir ma petite voiture téléguidée et à l’époque même une toute simple reliée par un fil électrique m’aurait rendu fou de joie, mais nous n’avions pas le loisir de pouvoir nous offrir ce genre de fantaisie et un jour je trouvais un petit moteur électrique dans l’autopsie d’un petit ventilateur de poche et je remarquais que lorsque j’utilisais une pile cigarette pour activer le moteur et que je changeais le sens de la pile, le moteur tournait soit dans une sens, soit dans l’autre, j’avais donc là, une marche avant et une marche arrière et je pensais alors, que si j’intégrais ce moteur dans une petite voiture en Lego et que je le positionnais de sorte que la tête du moteur touche une des roues arrière, j’avais là une marche avant et un marche arrière et du moteur à moi, un long câble électrique et la pile dans ma main que j’inversais suivant mes besoins, servait alors, de boitier de commande, élémentaire.

Malheureusement, la faire tourner était un problème fort insoluble, mais je trouvais une solution tout à fait subtile.

J’avais donc, dans ma petite voiture rudimentaire en lego, fixé les deux roues avant sur un axe horizontal qui pivotait sur lui même et était limité dans ses angles de chaque coté avec une amplitude différente.

Ainsi, lorsqu’elle partait en marche arrière, les roues avant tournaient spontanément vers la droite avec une limite d’angle et lorsque je tournais la pile, la voiture partait en marche avant et les roues tournait vers la gauche avec une autre limite d’angle légèrement différente et ces différences d’amplitudes permettaient d’amener la voiture à destination avec une sorte de jeu de zigzag avant arrière.

Quel bonheur de la voir atteindre son but.

La chose qui me fascinait le plus, la machine la plus mystérieuse de la maison, c’était de loin, la télévision.

Il me fallait à tout prix comprendre, j’inspectais l’écran de prés, avec une loupe et trouvais des sortes de cristaux alignés vert rouge et bleu, mais comment on obtenait du jaune ? m’étant intéressé un moment à la lumière et son spectre, j’étais persuadé qu’il fallait les trois couleurs primaires, bleu, jaune et rouge, mais pas vert, rouge et bleu, quel prodige avions nous là ?

je ne voulais pas abimer la télévision de ma mère, elle était trop petite dans ces éternelles 10 ans pour que je lui enlève ses contes de fée.

Mais par un bel après midi d’été, dans la rue, je trouvais un énorme téléviseur abandonné sur les poubelles et me voilà, du haut de mes chétifs neuf ans en train de trimbaler ce téléviseur plus lourd et gros que moi en chancelant sur plus de cinq cents mètres et je peux vous dire que la cage d’escalier jusque dans ma chambre, a prit soin dans un moment de déséquilibre de bien me broyer la main droite contre le mur. mais la douleur n’avait pas d’importance, ma curiosité était trop forte. je voulais les secrets que renfermait ce lourd coffre aux trésors.

Je n’ai pas compris grand chose de son autopsie, mais j’avais compris le principal, à l’intérieur d’elle, il y avait un canon, oui un canon à électron. Un canon était donc dirigé sur l’esprit des hommes, il y avait donc une guerre.

j’ai passé mon enfance à construire des jouets, des jeux, des voitures avec ce que je trouvais dans la vie.

je me souviens d’un ami qui avait carrément une “salle de jeu” avec tous ces jouets, c’était incroyable ! Il avait tout et moi j’avais si peu, je l’enviais de sa petite salle, sans réaliser que moi, je possédais l’univers et l’infini.

je suis aujourd’hui autodidacte dans tant de domaines, je suis sans arrêt en train de créer et j’ai une imagination infinie et ça je le dois en grande partie au fait, que je n’avais rien.

J’ai eu d’immenses cadeaux dans ma vie et avoir peu, fut l’un d’entre eux.

Pour qu’une nouvelle chose puisse émerger, il faut de l’espace. les véritables cadeaux que vous pouvez faire à vos enfants, c’est votre présence totale, tournée vers eux,  l’esprit libre et disponible, leur offrir du temps de qualité.

Le plus beau cadeau que vous pouvez donner à l’autre, c’est votre totale présence.