Les plans, c’est fait pour se perdre…

Lorsque j’étais gamin et que l’on entrait dans l’hypermarché de la ville d’à côté qui contenait un incroyable rayon de jouets, que dis je une cathédrale infinie qui rejoignait les étoiles, j’abandonnais immédiatement ma mère à sa liste et moi je filais vers mes prières, comme une torpille, un poisson de rêve et me retrouvais instantanément le long de la façade du temple sacré en apesanteur à hauteur de son vitrail le plus fabuleux : Le vitrail aux inaccessibles, hors de prix : legos ! Je virevoltais devant un destroyer inter-galactique, mes petites nageoires frétillaient devant une moto volante, puis, dans un tourbillon de bulle, mes gros yeux ronds se retrouvaient à hauteur de l’énorme lune métallique irisée de canons lasers et je plongeais tout de suite au plus profond, trouver quelques petites perles aux mécaniques extravagantes, un vaisseau ici, “flouuuf”, j’étais devant un camion lunaire et la seconde suivante devant les vastes plaques qui servaient de sol avec des cratères lunaires en relief et mes petits yeux de soupirer langoureusement un…  “Wooow”.

Ma mère, par un après-midi généreuse, me lançât triomphante que je pouvais choisir une boite de lego avec un prix maximum de trois cents francs belge( sept euros cinquante), ce qui  réduisait mon choix à la plus petite boite qui soit, tout au bas du rayonnage des gueux. oui, vous savez ? là où les misérables pataugent, ce rayon qui vous oblige à vous courber et qui vous fait vous sentir plus pitoyable encore quand il est presque vide et que la miette de pain rassie que vous convoitez se trouve tout au fond et vous oblige à vous mettre à quatre pattes…  Mais pour un enfant, peu importe, ma petite miette était plus que fabuleuse et mon petit cul de poisson adorable qui dépassait de la cathédrale sous marine en frétillant pour dénicher son trésor n’avait rien de commun avec la misère, mais avec la poésie infinie de ce feu d’artifice perpétuel qu’on appelle : Le monde. je ne pouvais prendre que le tout petit vaisseau de base, mais c’était un microscopique trésor immense et avec mon joyau arraché du récif en main, je n’étais plus qu’un bouleversement fébrile d’espérance et d’éternité.

Le calvaire du retour vers la maison fût un interminable voyage,  il me fallait attendre la boite broyée contre mon âme encore bleue qu’on atteigne la maison, maison qui s’était par une sorte de sortilège propulsée au fond de l’univers, bien trop loin, beaucoup trop loin.

Enfin arrivé, j’entrais, non, j’explosais dans la maison et déchirais la boite sans toucher le sol, laissant quelques plumes de cartons déchirés virevolter derrière moi, j’étais à peine dans le canapé encore en train de rebondir que je plongeais ma main à l’intérieur de la boite éventrée pour en ressortir les sourcils levés…:”Un plan”…Un plan ? Pour reproduire le vaisseau illustré sur la boite à l’identique !  Mes sourcils se froncent : L’identique ?

J’avais une indicible forme de rejet par rapport aux plans et modes d’emploi proposés par d’autres, ça me semblait “ennuyeux”, mais j’essayais tout de même et construisais le petit vaisseau en un éclair en suivant le plan. Je le comparais un instant à la boite et j’étais totalement affligé de constater cette inintéressante similitude.

Je démembrais alors immédiatement ce clone fade et jetais le plan à la poubelle et j’élaborais tout de suite un autre vaisseau beaucoup plus chouette, beaucoup plus fantaisiste on y rajoutant mes anciennes pièces légos. Mais à peine construit, mon intérêt s’effondrait de toute façon, hop, détruit, retour de l’enthousiasme pour en reconstruire un, encore plus incroyable et la boucle de continuer : Destruction, Construction, Destruction,  Chaos, ordre, chaos…

Toute ma vie, j’ai toujours ignoré les plans et modes d’emploi et bien entendu, ça m’a valu de souvent mal utilisé l’outil ou le programme et oui, c’est vrai, je découvrais bien souvent après des années d’utilisation une petite fonctionnalité qui était là depuis le début et qui m’aurait changé la vie.

Bien des personnes vous diront que c’est idiot de ne pas lire les modes d’emploi. Mais, j’ai une autre façon de voir les choses et je vous invite à investiguer dans cette direction, il y a là quelques trésors magnifiques pour les plus téméraires. je ne vous suggère pas de ne jamais lire de mode d’emploi ou de plan, mais de ne le faire qu’en cas d’extrême nécessité, si vraiment, vraiment, vous ne vous en sortez pas et encore, peut-être que chercher pour l’éternité sans jamais trouver, ferait grandir en vous quelque chose de bien plus important.

Celui qui lit tous les modes d’emploi et suit scrupuleusement les plans écrits par d’autres évolue t’il ?