Moi adolescent : la gymnastique

Soyons sérieux, comment peut-on demander à une sorte de poulpe mélangé à un phasme de faire un simple cumulet sans paraître grotesque ? Comment vous faites faire une roue élégante à ça ?

La roue était de loin la figure que j’abhorrais le plus. C’est vrai que, de l’extérieur, cette figure semble simplissime, mais il m’a toujours été impossible de parvenir à quelque chose de digne. Lors d’un examen, il nous fallait faire un circuit sur les engins et terminer par une roue devant le professeur : le bouquet final !

Donc lors de mon tour, ou devrais-je dire, mon numéro de cirque, j’ai  lancé mon corps désordonné parmi tous ces engins de torture comme je pouvais, accompagné de toutes sortes de grincements curieux métalliques et boisés, de quelques “couics” et plusieurs  “bocs”, pour finir par atterrir par je ne sais quel miracle en entier dans un sordide couinement de plancher devant le professeur, tout impatient d’exécuter devant ses yeux ébahis (roulement de tambour, coup de cymbale) : la roue ! ou en ce qui me concerne “la bzkhlllplof !”

Alors je vous explique, disons que j’avais abandonné tout espoir depuis fort longtemps d’établir une connexion cohérente entre mon corps et ma tête, et ma stratégie définitive était de m’en remettre exclusivement au hasard.

Donc, face à ce genre de situation, ma technique était simple : je fermais les yeux et je jetais mon squelette désarticulé vers l’avant, comme on jette des dés, et j’espérais qu’à l’arrivée, il se serait passé quelque chose de chanceux.

Je jetais donc mes dés et à la fin du jet,  les yeux du professeur qui dégoulinaient de toute part de ses lunettes me firent comprendre que le résultat obtenu n’était pas du tout celui attendu. Les dés devaient probablement s’être arrêtés sur leurs tranches ou s’être transformés en deux perruches qui jouent du banjo ; en tout cas, quelque chose qui défie les probabilités et les lois de l’univers venait de toute évidence de se produire.

J’ignore ce qui s’est passé, puisque j’avais les yeux fermés, je me souviens d’un grand “BOUM” suivi d’une douleur sourde en un lieu que je préfère éviter de nommer ici. Tout ce que je savais, c’est qu’il me fallait vite chercher un petit coin d’ombre ou disparaître en attendant que l’orage d’hilarité générale passe.

Ma carrière de gymnase était compromise…