L’admiration de l’individu : Poison de l’occident.

La glorification exclusive de l’individu induit le rejet et le mépris du groupe.

 

Dans mon enfance, lorsque l’on me prétendait “intelligent”, je m’offusquais de ce jugement aveugle et niais.

Depuis tout petit, j’ai toujours pensé que l’intelligence ne se mesure qu’à l’aune des résultats de nos actes. Pour moi, tant que le monde était dans cet état et tant que je n’avais pas concrètement fait quelque chose pour ce monde : j’étais un insecte qui grouillait parmi les autres, point.

Le talent.

Idem pour le talent, lorsque l’on admirait mes petits talents, je me mettais toujours en colère, pour les mêmes sortes de raisons.

Et avec une maturité un peu plus infusée sur les années, j’en suis arrivé à un nécessaire et total mépris de toutes formes de glorification du talent individuel. N’y voyez aucune sorte de condescendance ou de frustration personnelle, je suis lucide et comprends qu’il faut tout faire pour incarner une force compensatoire sur le monde : Freiner des quatre fers.

Non pas que j’estime qu’il ne faille admirer personne, mais dans l’état actuel des choses, il nous faut un rééquilibrage du balancier et mettre cette excroissance hystérique de l’amour de son petit moi sous le tapis, pour ramener l’esprit occidental vers la tempérance, l’amour du “groupe”, de la fraternité et retrouver l’amour de l’humanité.

***

Le star système, poison narcissique.

“La consommation de la célébrité à l’ère médiatique est une expérience essentiellement visuelle : on n’est plus dans l’ordre des hauts faits racontés à la veillée, ni des « vies des hommes illustres » imprimées en plusieurs volumes, mais de la contemplation soit d’images des personnes, soit des personnes elles-mêmes”

source

Imaginer l’admiration d’un Beethoven en tant qu’individu est une absurdité aveugle.

Beethoven est une famille, une époque, un terreau de valeur, une fraternité humaine a laquelle il était relié, une épopée incroyable d’évolutions et de guerres épouvantables. Beethoven est un symbole. L’œuvre n’appartient jamais à son auteur.

On s’extasie d’un enfant virtuose du piano mais pas du fait qu’un enfant ait eu l’incroyable luxe et loisir à cette époque de jouer du piano toute la journée dans un environnement aussi bien encadré,  entouré de précepteurs merveilleux, d’une culture forte, de valeurs et de racines profondes…tout cela permet l’élévation de l’âme humanité.

 

Ce qu’il y a d’incroyable et admirable c’est l’arrière plan,  c’est toute l’épopée humaine derrière cette scène et pas la petite marionnette qui s’agite sur elle.

Lorsque je m’imprègne de cette scène, je me sens beau, relié à l’humanité, je me sens fier d’être sur le vaisseau terre et je ne suis plus dans un amour enfantin de ma petite personne, j’atteins un amour plus vaste, plus noble, plus puissant : notre Amour.

 

***

Le talent, c’est le travail en conjonction avec un environnement propice à l’élévation de l’âme.

Lorsque je pose mon pinceau sur une toile, c’est toute l’humanité qui est avec moi, dans la technicité de ce pinceau, de cette toile en coton, de ces pigments de couleurs dans ce tube, de toute cette facilité, du confort de cet immeuble construit par d’autres, toutes ces guerres pour m’offrir ce luxe, cette eau qui coule juste à côté de moi pour nettoyer mes pinceaux acryliques et puis, tous ces tableaux du passé, dont je m’inspire et que je recopie pour évoluer et apprendre, ces techniques que je m’approprie, tout ce que je sais sur les couleurs me vient des autres…au final, qui a t-il de moi dans ce tableau ? Je ne suis toujours pas parvenu à en signer un seul…

Et si vous avez le luxe de pouvoir grimper sur une scène pour chanter comme un petit oiseau dans un micro qui transfigure votre voix et que l’on s’extasie devant votre “talent”, n’oubliez jamais que si vous avez la possibilité de ce genre de fantaisie, c’est grâce à l’effroyable guerre de l’homme face à sa condition, l’homme face à une nature impitoyable, amoral, qui élimine sans pitié tout ce qui est inadapté et faible, la nature non maitrisée est une tyrannie épouvantable, sans la force de vos ancêtres et leurs sacrifices vous seriez encore courbé à creuser la terre comme un désespéré pour trouver de petites racines.

Cette glorification de l’individu, ce star système entraine dans  l’ingratitude et le mépris de l’humanité.

Les césars ne devraient jamais être remis à des individus isolés,  mais installés dans un musée à la gloire de l’humanité et les photos qui illustreraient ces “césars”, seraient éventuellement, celles de toute l’équipe sans une tête qui dépasse.

La glorification de l’individu induit a l’ingratitude envers le groupe, et à fortiori, “les autres”.

Le star système méprise tacitement “l’humanité” et il serait temps de faire renaitre cette entité que l’on nomme “l’humanité” pour commencer à remettre les choses en équilibre.

Il est très rare de trouver un film dont le protagoniste est “l’humanité”, “la fraternité”, “le groupe”, il y a bien quelques ersatz.

Entendons nous bien, je ne dis pas qu’il faut mépriser absolument le talent, mais qu’il faut savoir renverser la vapeur d’une nécessaire force radicale.

Nous sommes un lien social, pas une entité mystérieuse née dans un coin sombre par une sorte de providence.

Si vous êtes “coupé” du groupe, vous êtes névrosé, vous êtes un potentiel poison pour les autres et un poison certain pour vous-même.

Non, je ne suis pas un tyran, je suis une autorité souveraine et je sais à quel moment il faut être radical.

Lorsqu’un enfant approche sa main vers une tondeuse en activité, un énorme coup de pied au cul est l’option la plus efficace et la plus pérenne…