Les mondes parallèles.

Cela va faire longtemps que je n’ai plus de télévision et le premier effet le plus notable, c’est que depuis lors, lorsque quelqu’un vient me rendre visite, on est assis dans le canapé et on parle, on débat, on est tout à fait tourné l’un vers l’autre. Pas de distraction, pas de vendeurs au milieu du salon.

Accès à l’autre réalité.

J’ai un Veil ami bourré de petits rituels, qui écoute sa grand messe tous les soirs à 19 h 00, à savoir le JT et cela faisait des années que je n’avais plus écouté les sermons du curé et un soir où je venais lui rendre une visite impromptue, l’homélie commençait…

Il me dit alors, “Moi je regarde mon JT”, (dans le “mon”, on sentait toute l’impériosité de la chose) et par curiosité sociologique, je lui demandais si je pouvais l’accompagner dans son inactivité et le visage illuminé, il courut me chercher un verre d’eau à la cuisine pour me le servir et je m’asseyais sur un petit fauteuil kitch pour assister dans une musique tonitruante, au lever de rideau.

Ma première réaction fut d’être choqué par le présentateur, il avait vieilli, vraiment beaucoup vieilli, ce qui me faisait prendre conscience du nombre d’années de mon exile et le mot exile n’est pas du tout une métaphore.

Sans doute, par un effet de contraste lié au temps, je découvrais très clairement deux réalités tout à fait distinctes.

Je découvrais un monde incroyable d’accidents, de meurtres et de crimes et chose étrange, tout cela me semblait arrivé là, derrière la fenêtre, dans la rue ou peut être un peu plus loin et j’entrais en dissonance, je devais ajuster mon esprit qui lui ne ressentait pas du tout la même chose, car pour mon esprit le monde qui m’environnait était un lieu calme et ce monde que l’on essayait de superposer à mon regard était d’une agitation épouvantable, au bord du chaos et je n’arrêtais pas de jeter des coups d’œils intrigués vers l’horizon au travers de la fenêtre, comme pour essayer d’ajuster mon regard.

Je subissais quelque chose d’imperceptible, qui m’agitait, qui essayait d’entrer en moi, une sensation de malaise sourd.

Cette expérience fut vraiment intéressante et je mesurais à quel point il y a deux réalités parallèles et à quel point l’esprit de mon ami et le mien n’étaient pas du tout, du tout, dans le même monde et je comprenais alors beaucoup de cette incohérence entre son âge physique et ses réactions enfantines et peureuses face au quotidien.

Il y a deux types d’individus, deux mondes, les êtres des médias et ceux du monde réel et bien souvent ces êtres entrent en conflit sans même réaliser qu’ils vient dans des univers mentaux totalement différents.