Le voleur de fleurs et le monsieur de la paix.

J’étais accroupi en train de renouveler une partie de la lumière fanée de ma caverne avec mon grand nez enfoncé dans un buisson de roses, buisson qui émergeait là, sauvagement, dans un coin un peu abandonné du parc envahi de hautes herbes et je fus dérangé dans mon important travail par un être en uniforme mauve (qui par ailleurs, n’était pas du tout en harmonie avec les lieux). C’était apparemment un gardien de la paix, apparemment, parce qu’il faisait très mal son boulot et entra immédiatement en conflit avec moi.

 

-“Qu’est-ce que vous faites monsieur ?” jeta t-il avec force à plus de cinq mètres en contrebas depuis le chemin.

En ne quittant pas le rosier des yeux, je laissais rouler nonchalamment vers lui un  : “Je prélève mon impôt”.

Il ne releva pas mon étrange réponse et le monsieur de la paix menaça  : “Monsieur, vous pourriez avoir une amende pour ça”.

Je lui répondais : “je ne prélève que quelques fleurs, quelle importance ?”

Il souffla : “si tout le monde faisait comm…”

Je le coupais : ” oui, si on mettait Paris en bouteille…mais je peux vous assurer que je suis le seul et les fleurs ici, n’intéressent plus personne.”

“Bien sûr que si” rétorqua t-il : “moi elle m’intéresse”.

Je lui montrais narquoisement une rose et lui demandais :”à quelle famille appartient cette fleur ?”

Silence…d’un taux hautain :”Je n’ai pas besoin de savoir ça pour les apprécier”.

Je vous parlais d’intérêt, pas d’appréciation : “En connaissez-vous le parfum au moins ? Avez-vous éprouvé l’envie de le connaitre ?”

Là, il me coupa à son tour et d’un air vainqueur claironna : ” C’est le bien commun.”

Mon sourire atteignit mes oreilles et je lui répondis en reportant toute mon attention sur le rosier : “oui, donc, une partie de ce rosier est à moi et j’en prélève ma partie…”

Un homme arriva à hauteur du gardien et je l’apostrophais depuis mon buisson “Monsieur, pourriez-vous me donner une définition de ce qu’est le bien commun ?”

L’homme leva les sourcils l’air hagard et je brisais l’interaction par un : “non rien, merci monsieur, bonne journée.” et mon œil narquois se retourna sur la créature aux couleurs disgracieuses et j’entrais alors dans ma folie et clamais : “Personne ne s’intéresse plus au commun, tout ce que vous voyez ici, n’est qu’une mécanique morte, on plante des fleurs pour conserver des emplois, tout cela est vidé de son âme et un jour ou plus surement une nuit, je les volerai toutes, sans exception, sur tous les coins de la terre ! Plus une seule fleur nul part et je vous laisserai alors errer dans leur assourdissante absence et un matin, soudainement, le monde se réveillera et elles seront toutes là, à nouveau ! Tous ces anges de silences vous attendront, précieux et jalonnerons vos chemins qui alors, ne seront plus convulsifs ni compulsifs et vous aurez alors envie de vous perdre parmi eux, d’écouter l’univers avec eux et c’est là, lorsque vous serez totalement perdu, que vous vous trouverez et quand vous vous serez trouvé, vous me trouverez.”

et j’enchainais  : “et un jour, je vous subtiliserais le soleil, les nuages, l’odeur du café, vos souvenirs tendres, les vents tièdes et les oiseaux, parce qu’apparemment, vous voler les sourires et les cacher derrière des masques, ne vous a toujours pas réveillé… ”

Monsieur, lui dis je : “A chaque nouveau parfum de fleur que je découvre, un nouvel univers éclos en moi. Savez-vous seulement que les galaxies ont quelques apparentées avec les fleurs ? Le nombre d’or ? Oui ! Le soleil est une fleur monsieur, aux fragrances de citron et de concombre ! Qui le sait ça ? Qui a pris la peine de le humer ? Vous n’humez pas assez pauvres malheureux ! Humez, c’est urgent”…et je tournoyais sur moi même.

Je pense que là, vu la tête de picasso mélangé à un munch qu’il faisait, je l’avais perdu depuis longtemps et il comprit qu’il avait affaire à un fou illuminé. Il me tourna le dos et dans un geste du bras, il jeta une poignée d’air derrière lui et poursuivit sa route.

La folie avait distrait le monsieur de la paix de ses projets de guerre.